Sanctuaires ardents
Katherine Mosby
Quai Voltaire
Willard Daniels emménage dans la maison familiale de Winsville, les Hauts, avec sa jeune épouse Vienna, new yorkaise d'une beauté rare. Cette année-là la glycine fleurira deux fois : est-ce un signe et de quoi ? Si à force de flatteries Willard s'attire les grâces de la bonne société de Winsville, Vienna fuit la mesquinerie de clocher et ne brille que par sa discrétion. Elle est cultivée, on la croit folle… C'est qu'afficher autant d'indépendance dans les campagnes de l'Amérique des années 1930 ne peut qu'engendrer une hostilité farouche ! Lorsqu'elle se retrouve seule avec ses deux jeunes enfants, abandonnée, les commérages redoublent. Elle reste. En esprit libre épris de nature et d'harmonie, Vienna élève Elliot et Willa à l'écart de la ville ; elle leur insuffle son intelligence et son érudition, assorties d'un sens aigu de l'accomplissement de soi. Autant de résistance affirmée contre les conventions sociales d'alors. À eux trois, les Daniels forment un clan sans nul autre pareil mené par une femme hors du commun ; ils dérangent autant qu'ils fascinent. Mais bientôt les drames se succèdent, que Vienna encaisse les uns après les autres, s'enfermant chaque fois un peu plus loin en elle-même.
"Elle était socialiste ou peut-être communiste, Addison ne se rappelait pas lequel des deux, mais la différence importait aussi peu qu'une morsure de charançon, parce que ce n'étaient pas des étiquettes qu'on voulait se voir coller sur le dos. En plus elle aimait les Nègres et elle fumait des cigarettes. Voilà ce qui arrive, disait-on, quand on lit trop de livres : ça ramollit le cerveau, […] On racontait qu'elle possédait des milliers de livres."















